Les Jésuites et la pédophilie

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TroisJesuitesPic.jpg"Les hypocrites" titre Der Spiegel. Il consacrait un dossier à une église catholique secouée, dans un nouveau pays, par la révélation d’une série d’abus sexuels. Une centaine de prêtres seraient impliqués. Le mur du silence se fissure après des années de mutisme imposé !

Tout commence au prestigieux collège de jésuites, Canisius,Berlin, où dès 1981, une lettre collective d’élèves avait dénoncé le comportement d’un des coupables, le père Peter R. Un élève victime d'abus sexuel voulut se venger du père Peter R, et tenta de l'assassiner avec un couteau en 1986. Le jésuite fut blessé, l'élève placé dans un établissement psy ou il se suicida. Mais, pour ne pas démentir sans doute l’image d’hypocrisie qui s’attache aux jésuites, l’ordre a opposé un mur du silence à ces révélations. Les coupables furent mutés dans d’autres institutions où ils purent continuer de sévir.

Ce n’est donc qu’en 2009, que ces agressions sexuelles furent reconnues.  Le directeur du collège Canisius se fendit d’une lettre aux anciens élèves où il admit ces agressions, pendant des années, dans l’établissement. Mais outre les trois jésuites concernés, Der Spiegel affirme que, depuis 1995, donc après ces faits qui remontent aux années 70 et 80, au moins 94 religieux et laïcs ont été soupçonnés d'abus sexuels.

Tous protégés par la loi du silence, une loi qu’aurait édictée le quasi Saint pape, le bon Jean XXIII. Il aurait, bien sûr dans un document secret, donné l’ordre en 1962, de considérer ces affaires comme un secret du Saint-Office, inviolable sous peine d’excommunication ! Ordre ou pas, tout s’est bien passé comme cela.

Histoire des Jésuites

Le 27 septembre 1540, en dépit de l'opposition de nombreux cardinaux, le pape Paul III autorise la création d'un nouvel ordre religieux. Au départ, cet ordre est formé de quelques prêtres, originaires de différents pays d'Europe, mais diplômés de l'université de Paris. Selon leur désir, ils porteront le nom de toute-petite (minima, en latin) Compagnie de Jésus et ils resteront à la disposition du pape qui pourra les envoyer partout dans le monde y exercer toute espèce de travail. L'animateur et le fondateur de ce nouveau projet de " Compagnie de Jésus " était Ignace de Loyola. Ce Basque de naissance avait eu un cheminement déterminant, tant au plan spirituel qu'au plan humain; cela l'avait mené de la vie de cour, en Espagne, au service du pape et de l'Église, à Rome. Entre temps, il avait rédigé, à partir de son expérience propre, les Exercices spirituels, méthode de discernement et de croissance spirituels. C'est en cherchant à aider diverses personnes dans leur cheminement spirituel, avec cette méthode, qu'il fut amené à former le groupe des " premiers compagnons ", le noyau de ce qui allait être la Compagnie de Jésus.

Ces prêtres réformés -c'est le nom que le peuple chrétien leur donne d'abord - reçoivent bientôt le sobriquet de "Jésuites" qui finalement leur restera, comme celui de " chrétiens " donné aux premiers disciples du Christ. À la mort d'Ignace, en 1556, la toute-petite Compagnie qu'il avait fondée seize ans plus tôt compte plus de mille membres, à l'œuvre sur les cinq continents. Ce nouveau groupe était donc prêt à être dispersé aux quatre coins du monde, selon les missions reçues du pape. D'ailleurs, au moment même où la Compagnie est créée, l'un d'entre eux, François Xavier, est déjà parti, à la demande du Saint Père, pour l'Extrême-Orient. D'autres seront bientôt envoyés au concile de Trente comme théologiens; d'autres en Irlande et dans divers pays d'Europe en mission d'évangélisation ou de conciliation.

La Compagnie de Jésus a toujours rencontré de l'opposition. Dès sa naissance, il ne manqua pas de voix pour déclarer qu'elle était de trop, qu'il y avait déjà bien assez d'ordres religieux dans l'Église. On lui en a voulu ensuite d'être différente des autres ordres: de ne pas chanter l'Office au chour, de ne pas pratiquer les jeûnes alors en usage, de ne pas avoir d'habit distinctif, de porter un nom prétentieux, etc. En certains pays, notamment en France, son attachement au pape a toujours heurté les prétentions gallicanes du parlement et de l'université de Paris.

Au XVIIe siècle, beaucoup de monarques choisissent néanmoins un Jésuite comme confesseur. Ce qui, naturellement, prête flanc à des accusations d'ingérence politique. De même, on attribue à l'éducation reçue au collège des actes répréhensibles commis par d'anciens élèves de la Compagnie.

Dans les colonies de l'Espagne et du Portugal, les missionnaires s'opposent à l'exploitation éhontée des indigènes pratiquée par les commerçants et les gouverneurs. Ceux-ci se plaignent et dénoncent les Jésuites auprès de leurs monarques respectifs. Au Portugal, de nombreux fils d'Ignace sont emprisonnés, et la Compagnie est expulsée de tous les territoires portugais en 1759. Le même scénario se répète en Espagne huit ans plus tard. En France, cédant aux pressions des encyclopédistes, du parlement, de la Pompadour et de Choiseul, Louis XV avait aboli la Compagnie en 1764.

Mais les ennemis de l'Église en veulent davantage. Manipulés par des ministres sans scrupule, les Bourbons, qui règnent à ce moment sur les trois pays susmentionnés, exigent du pape la suppression pure et simple de l'ordre tant exécré. Après leur avoir longtemps résisté, Clément XIV, devant la menace d'un schisme, cède enfin et, le 21 juillet 1773, signe le bref qui supprime la Compagnie de Jésus dans l'univers entier.

L'ordre compte alors 23 000 membres, 39 provinces et 16 000 établissements. Son général, Laurent Ricci, emprisonné au château Saint-Ange, y mourra deux ans plus tard, sans avoir jamais été accusé de quoi que ce soit. Dans les pays de mission en particulier, la disparition des Jésuites cause à l'Église un tort irréparable.

(suite au prochain numéro)

 

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