11/12/2010

La nuit genevoise de l'ESCALADE ....

image[45].pngJ’ai hésité à retranscrire ici une chanson typique de l’escalade.

Pa de Cé Qu’è Lainô. Pas de cantique Suisse. Bonne réflexion, changeons un peu……

 

Ne soyons pas trop scolaire. A ce sujet, super les jeunes étudiants lors de leur traditionnel cortège. Ils ont mis le feu aux Bastions. Pétard de pétard, sympa de fêter à leur manière l'Escalade.

 

Certes, en farfouillant sur internet, j’ai découvert le texte non signé ci-dessous. Il n’est pas écrit comme les traditionnels.

 

Me captivant, le voici donc. En attendant bonne Escalade.

 

http://www.a2m2.ch/fred/1602/CeQueLaino/pages/page_nuitescalade.htm

 

En décembre 1602, le duc de Savoie Charles Emmanuel reprend à son compte la réalisation de «quelques aventures formidables pour la foi» ; aventures que le pape Sixte Quint avait suggérées lors de son avènement, en mai 1585, à Philippe II d'Espagne, beau-père du duc de Savoie. Le pape avait alors souhaité voir Alger reconquise sur les Maures ; l'Angleterre envahie et ramenée dans le giron de son église; enfin Genève reprise. Philippe II tentera la descente en Angleterre ; son «invincible» armada sera dispersée par un divin zéphyr et défaite par la marine anglaise. Charles Emmanuel ne rêve pas seulement de reprendre l'ancienne capitale de ses états en deçà des monts, il a également des vues sur le trône de France. Position qui conduit le roi de France Henri IV - bien que la paix ait été conclue par le traité de Vervins - à occuper la Bresse et à faire marcher (lentement) une armée en direction du pays de Gex. Elle s'arrêtera à Châtillon-en-Michaille, à quelques lieues de Genève. Cependant tout le monde, et en particulier les Genevois, croit en la paix conclue, et comme la saison hivernale est peu propice aux opérations militaires, aucune mesure particulière n'est prise pour assurer la sauvegarde de la Cité. Et voilà qu'en pleine nuit, dans les premières heures du 12 décembre 1602, retentit sur le front de Plainpalais le bruit d'un coup de feu, suivi d'un second. Les assaillants savoyards qui ont escaladé la muraille sont découverts. La garde accourt au bruit, fait face ; le tocsin et, comme le relève la chronique, même la grosse cloche de la cathédrale appellent les citoyens aux armes. Tirés de leur sommeil, ces derniers courent à leurs postes. Malgré de faux bruits, le lieu de l'attaque est identifié et la défense s'organise victorieusement. Au matin, en découvrant que toute une armée s'était présentée sous les murs, chacun mesura pleinement le grand péril auquel il a échappé. Les quelques prisonniers savoyards, confirmant que la ville devait être mise à sac furent ainsi passés au fil de l'épée. La Seigneurie de Genève s'empressa dès lors de communiquer à travers toute l'Europe la nouvelle de la «miraculeuse délivrance de la Cité». Celle-ci suscita beaucoup d'émotion; des témoignages de reconnaissance assortis d'offres de secours en tout genre parvinrent à Messieurs de Genève. Cet immense élan de solidarité et la pugnacité des Genevois, comme celle de leurs alliés, conduira les Savoyards à la table de négociation. La paix sera enfin conclue en 1603. Quatre siècles plus tard, la République de Genève, Ville et Mandements confondus, se doit de se souvenir sans aucune amertume des événements de la nuit dite de l'Escalade. L'échec de Charles-Emmanuel marque en effet la fin d'une époque difficile, faite de tueries et autres exactions. Il permet à la Ville et à toute la regio genevensis d'entrer sans heurts dans le siècle des lumières.

 

Allez bonne Escalade, profitez un max des traditionnelles activités proposées par la Compagnie 1602, surtout le cortège demain dimanche.

 

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Commentaires

Sachons d'abord que la France sous le roi Henri IV, était alliée de Genève contre la Savoie et que les Suisses étaient aussi alliés de Genève.
Genève n'aurait jamais pû rester indépendante sans cette double protection

Cet épisode et ce qu'il en est connu, montre à quel point l'histoire suisse est malmenée par les autorités pédagogiques, pas seulement à Genève, qui font tout pour dénigrer une histoire des plus passionnantes au monde.


Voici en détail le récit de l'Escalade:

Francis De Crue
L'Escalade de 1602 et la paix de St-Julien.

Le 13 août 1601, par lettres patentes, Henri IV déclarait mettre les Genevois au bénéfice de la paix de Lyon. La précaution n'était pas superflue, puisque, tout de suite après, le duc de Savoie semble reprendre ses visées anciennes. Il fit d'abord occuper par ses gens le mandement de Gaillard, que les Genevois s'étaient flattés de conserver. Coup plus funeste, il remplaça, comme gouverneur du duché, le comte Martinengo, relativement modéré, par un ennemi opiniâtre des huguenots, M. d'Albigny, un ancien ligueur français qui ne s'était pas réconcilié avec son roi. Les vexations remplacèrent les rapports de bon voisinage. On fut tout de suite inquiet. Chapeau¬rouge fut envoyé en Suisse pour tâcher d'obtenir l'inclusion de Genève dans l'alliance franco-suisse, qui se renouvela à ce moment (31 janvier 1602). Sa mission échoua dans les cantons. De retour à son poste à Paris, il eut la tristesse d'assister de loin à l'échange des serments du roi et des ambassadeurs suisses.
Pourtant Henri IV et les Genevois se trouvaient exposés au même danger. Une vaste conspiration s'ourdissait contre eux. Le duc de Savoie se proposait d'attaquer Genève, tandis que le maréchal de Biron, gagné par ce prince, ferait révolter le royaume. Biron, dénoncé par un faux frère, fut arrêté; il devait payer sa trahison de sa tête. Il ne fut plus dès lors question pour Genève que d'une surprise.
L'escalade du 12 décembre 1602 est l'aboutissement des longs desseins du duc contre Genève. Charles-Emmanuel croyait l'occasion venue d'exécuter ses plans. Le procès de Biron et de ses complices absorbait le roi, tandis que le jubilé de Thonon attirait un grand concours de peuple au nord de la Savoie. I1 y défilait, en outre, 4000 hommes de troupes espagnoles, expédiées aux Pays-Bas par le gouverneur de Milan, comte de Fuentès.
Notons-le: c'était en vertu de l'ancien droit de passage que, par la Savoie, comme dans l'année 1567, l'Espagne envoyait ses troupes de Gênes ou de Milan dans la Franche-Comté et les Flandres. La présence des régiments du Roi Catholique ne donnait au duc de Savoie qu'un appui moral. La Cour d'Espagne avait formellement refusé à Fuentès et à d'Albigny d'employer ses « terzos » contre Genève, car elle ne voulait ni inquiéter les Suisses, ni rompre la paix. L'affaire fut tout spécialement conduite par les anciens ligueurs et partisans de Biron, appelés les «Français reniés », dont le plus considérable était d'Albigny, confident du duc aussi bien que de Fuentès,
Genève avait été avertie de se tenir sur ses gardes. Le bruit courut, au mois de décembre 1601, d'une tentative d'escalade à la Corraterie. Pendant l'année 1602, des avis incessants arrivèrent à Genève, de la Savoie, de Grenoble, de Lyon, de Paris et de Rome. Dans les environs, on était au courant des menées de d'Albigny et de son compère Brunaulieu. On savait que, depuis longtemps, il se fabriquait des ponts, des cordes, des échelles, des pétards. La ville prit les dispositions voulues, surtout au lendemain de l'arrestation du maréchal de Biron, de sorte qu'elle se trouva prête à la résistance durant l'été et au commencement de l'automne. Son aspect militaire frappait les passants. C'est alors qu'un voyageur s'écrie: « Ceux de Genève étaient de petits rois et, quand on entrait à Genève, il y avait toujours quelque petit crapaud qui vous présentait la pointe d'une hallebarde à la panse .... Pour passer cinq ou six pieds de terre à Genève, il y avait plus de danger qu'en tout le royaume de France! »
Les gouverneurs royaux ayant l'ordre de veiller sur Genève. Lesdiguières y envoya, dans l'été, comme général, un bon capitaine du Dauphiné, M. de Villars, qui prit d'excellentes mesures. Mais le Conseil, rassuré au mois d'octobre, lui donnait gracieusement congé.
Le général de Villars parti, la garde de la ville reste confiée au syndic du guet Philibert Blondel et, dès lors, on renonce aux mesures de précaution. En novembre et en décembre, on ne s'inquiète plus de rien, sauf pendant un court moment, au reçu d'un avis d'Anjorrant. Bien vite, la correspondance reprend avec d'Albigny. Le président de Savoie, Rochette, vient à Genève le 1/11 décembre 1602, régler des différends de voisinage, ou plutôt assoupir les soupçons. Après une crise d'agitation, les Genevois dorment sur les deux oreilles. Charles- Emmanuel sait bien choisir son moment.
Dans la nuit du 11/21 au 12/22 décembre 1602, la plus longue de l'année, tandis que le duc de Savoie s'établit au château d'Étrembières sur Arve, à portée des forces espagnoles et italiennes concentrées à La Roche et à Annecy, d'Albigny, guidé par Brunaulieu, lieutenant-colonel du régiment de Laval d'Isère, traverse l'Arve à la tête de l'avant-garde. La nouvelle de ces mouvements de troupes, apportée le soir même à Genève par un brave Genevois de la campagne, nommé Brasier, ne trouble pas la quiétude du syndic de la garde.
Sans être aperçu par la patrouille genevoise du dehors, d'Albigny, avec son état-major de « Français reniés», se dirige, après minuit, par Plainpalais, au pied des murs de la Corraterie, à la hauteur de la porte intérieure de la Monnaie, vers une guérite abandonnée, à peu près à l'endroit dont il avait été déjà question un an auparavant. Le Savoyard entreprend l'escalade. Déjà plus de 200 hommes, sous Brunaulieu, ont pénétré dans la place quand, sur les trois heure du matin, l'alarme ayant été donnée par une ronde intérieure, le lieutenant du duc fait attaquer par le dedans et simultanément la Porte-Neuve, porte extérieure, afin d'y faire passer le régiment Laval d'Isère, qui attend au dehors; la porte intérieure de la Tertasse, restée ouverte; la porte intérieure de la Monnaie. Cette dernière faillit être emportée.
«Ville prise! Vive Espagne! Tue, tue! Ils sont à nous ! » Tel est le cri que déjà poussent les intrus. Mais le pétardier de Savoie n'a pu faire sauter la Porte-Neuve, grâce à un soldat de la garnison, Isaac Mercier, qui a eu la présence d'esprit d'abaisser la herse; le régiment de Laval d'Isère, le gros des «Savoyards», ne peut donc pénétrer dans la place. Ce fut le salut. Le corps de garde de l'Hôtel de ville refoule du haut de la Treille les assaillants, tandis que les capitaines de la garnison, qui s'étaient heureusement portés vers la Tertasse ouverte, repoussent sur ce point l'attaque des soldats du duc, qui sont bousculés d'abord vers la Porte-Neuve et la Corraterie, puis précipités hors de l'enceinte extérieure.
A la porte de la Monnaie, près laquelle «la Mère Royaume» a acquis une gloire impérissable en «coiffant un Savoyard» avec sa marmite pleine de soupe, les ennemis sont aussi malmenés que ceux de la Porte-Neuve par les Genevois, que réveille le son du tocsin. Ils fuient le long de la courtine, tâchent d'enjamber le parapet et sont culbutés au bas de leurs échelles par le canon, que l'on commence à tirer du bastion de l'Oie, près de la Porte-Neuve. Cinquante-quatre d'entre eux furent retrouvés tués; une quinzaine furent fait prisonniers. Des Genevois, il en périt dix-sept; un plus grand nombre furent blessés. Malgré la victoire, le chiffre des victimes et leur qualité exaspérèrent le peuple, qui chercha un coupable dans la personne du syndic de la garde Blondel, accusé d'abord, à juste titre, de négligence et, plus tard, la passion aidant, de haute trahison.
Théodore de Bèze, que sa surdité avait empêché de rien entendre, fut enfin réveillé et, dans un émouvant élan de reconnaissance, entraîna le peuple au temple de St-Pierre, pour remercier Dieu de lui avoir accordé le salut.
« Cé qué l'aino, le Maître des batailles
Qué se moqué et se rit dé canailles,
A bein fé vi, pé on desando nay,
Qu'il étivé patron dé Geneveis! »
C'était le dimanche. Le Petit Conseil, réuni dès huit heures du matin, prit les mesures urgentes. Il assista à l'interrogatoire des prisonniers, qui furent pendus peu après comme violateurs de la foi jurée, de la paix publique et voleurs de nuit. D'amples dispositions militaires furent adoptées. De braves troupes vaudoises, requises dès le début, avaient paru dans la ville au nombre de cinq cents hommes.
Le mercredi, Chapeaurouge fut expédié en Suisse pour sollicité des secours, soit une garnison fournie et soldée par les alliés, Berne promit ses bons offices et assigna, à Aarau, une diète quatre villes évangéliques, qui s'engagèrent, en présence de l’ambassadeur de Genève », à pourvoir au plus pressé. Mais avant de partir en guerre, les Suisses voulurent connaître les intentions du roi.
Le bruit de l'attentat avait causé en France une légitime indignation. Les chefs huguenots s'apprêtaient à voler au secours de Genève. Quant à Henri IV, il déclara qu'il eût mieux aimé perdre trois villes de ses frontières que si celle-ci eût été prise. Il écrivit des lettres irritées contre le duc, reconnaissant là « les fruits espagnols de sa perfidie et de la déloyauté de son Albigny ». Au début de 1603, dès qu'il vit Chapeaurouge arriver au Louvre: « Vous, soyez le bienvenu, e s'écria-t-il joyeusement. « Comment va? Y étiez¬vous? - Oui, Sire, » répondit Chapeaurouge, qui dut faire un récit complet de l'affaire, tandis que le roi dînait.
Le député genevois préparait déjà avec Rosny et quelques con¬seillers français tout un plan de guerre pour chasser Charles-Em¬manuel delà les monts. Renforcés par une armée de six cents Bernois et quatre cents Zurichois, arrivés dans la ville le 5 février pour relever le contingent vaudois, les Genevois faisaient d'heureuses sorties sous la direction de leur général de Villars, revenu du Dauphiné. Ils poussèrent une pointe sur St-Julien, puis, par le lac, sur St-Gingolph. Le 19 mars, commandés par le colonel d'infanterie de Nesde, amené par Chapeaurouge, ils emportèrent la place de St-Genis d'Aoste, au confluent du Guiers et du Rhône. Un ambassadeur vénitien ne fut pas peu étonné, au delà du passage d'Aigue¬beiette, d'être arrêté par des factionnaires genevois montant la garde en plein pays de Savoie. Mais on s'en tint là, parce que personne, en dehors des Genevois, ne voulait la guerre.
Sous la médiation des cinq cantons de Glaris, Bâle, Soleure, Schaffhouse et Appenzell, les négociations furent ouvertes à St-julien et, le 21 juillet 1603, la paix fut signée entre Genève et la Savoie. Elle accordait aux Genevois la liberté du commerce, sauf pour le sel, et leur laissait les revenus d'Armoy et de Draillans en Chablais. St-Genis d'Aoste était restitué au duc. Les terres enclavées de St-Victor et Chapitre se trouvaient maintenues dans l'état où elles étaient en 1589; les Genevois exemptés des taxes, péages et tailles dans les États de Son Altesse. Le duc consentait à ne pas rassembler de troupes, ni élever de fortifications dans un rayon de quatre lieues autour de Genève. I1 déclara enfin comprendre la ville dans le traité de paix perpétuelle de Vervins, suivant la teneur des lettres patentes de Sa Majesté Très Chrétienne,
Enfin ce point de l'inclusion de Genève au traité de paix, pour lequel on a si longtemps combattu, est acquis. On se trouve à un tournant de l'histoire. Le traité de St-Julien est un événement capital dans les annales de Genève. Le duc de Savoie, sans renoncer, il est vrai, à ses prétentions, a traité avec les Genevois sur un pied d'égalité; c'est reconnaitre implicitement l'indépendance et la pleine souveraineté de la ville. Ce traité clôt aussi les guerres du XVI è siècle. Une ère de paix semble s'ouvrir sur les bords du Léman comme dans le reste de l'Europe.
Les Suisses et la France sont également intéressés au maintien de ces deux boulevards, encore détachés, de la Confédération, Genève à l'ouest, les Grisons à l'est. Il faut à leur égard prendre des mesures défensives. Fatigué des réclamations qui lui sont adressées au sujet de sa dette de 300 000 écus d'or, Henri IV se décide, au lendemain de l'Escalade, à servir à la Seigneurie de Genève, comme par manière de compensation, un subside mensuel de 2000 écus d'or, qui permet d'entretenir une garnison, levée surtout dans le voisinage. Le roi veille à ce qu'il soit régulièrement payé, témoignant, jusqu'à la fin, de sa sollicitude pour ses anciens coreligionnaires. Les dernières paroles pour ainsi dire, qu'il prononce le jour de sa mort, le 14 mai 1610, sont les suivantes, adressées, le matin même, à l'envoyé des Genevois: « Encore que vous ne soyez mes sujets, je vous maintiendrai comme si j'étais votre père »
« Survint ledit jour le meurtre du roy » ajoute l'envoyé dans son rapport. Le roi mourait, mais il restait la Suisse, et c'est sur la Suisse que Genève veut compter pour toujours. Elle trouve là son appui naturel et providentiel. Berne crée, en faveur de Genève, un régiment de secours, composé d'abord de six cents Vaudois prêts à accourir au premier appel. Depuis 1536, pour ne pas aller plus haut, les Vaudois n'avaient pas cessé de se montrer de fidèles et précieux frères d'armes. Ainsi la vieille et la jeune Suisse contribuent également à assurer le salut de Genève. Dans les siècles suivants, les Zurichois se. joindront plusieurs fois aux Bernois pour occuper Genève et la mettre à l'abri de toute tentative d'invasion. De leur côté, comme au moment de la guerre de Cappel, les Genevois enverront à leurs combourgeois leur contingent, qui se battra pour eux en 1712 à Vilmergen. C'est ainsi que les relations se resserrent, par l'échange des services rendus et par la perpétuelle confraternité d'armes, et préparent l'entrée si désirée de Genève dans la Confédération suisse.

Écrit par : Christian Favre | 12/12/2010

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