16/01/2010

Histoire de Carouge II

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De Dominique Zumkeller, Historien de la Ville de Carouge

 

Une ville nouvelle

C'est dans la décennie 1760-1770 que le développement de Carouge entre dans les objectifs politiques et économiques de Turin. Préoccupées par le développement anarchique de Carouge, les autorités sardes dressent un plan régulateur (plan Garella, 1772). En 1777, Carouge est autorisée à tenir deux foires annuelles et un marché hebdomadaire. Elle est détachée de la paroisse de Lancy et l'église Sainte-Croix est mise en chantier dès 1777. Carouge devient en 1780 chef-lieu d'une province qui porte son nom puis, par lettres patentes de janvier 1786, est érigée en ville royale. L'arrivée de l'intendant Giovanni-Battista Foassa-Friot, en place jusqu'en 1789, permet de lutter contre les dernières résistances que rencontrait le développement de C. à la cour de Turin. Les plans régulateurs se multiplient: après celui de Francesco Luigi Garella (1772), celui de Giuseppe Battista Piacenza (1777) - trop onéreux et mal adapté, il sera corrigé par Vincenzo Manera (1779). C'est finalement le plan Robilant (1781) qui servira de trame à la construction de la ville nouvelle. Il sera toutefois retouché par Domenico Elia et Giuseppe Viana (1781-1783), et par Lorenzo Giardino (1787).

 

Malgré les remaniements, le principe demeure identique. L'espace à urbaniser s'ordonne autour d'axes de circulation, formant un quadrillage régulier d'îlots. Ceux-ci sont peu hiérarchisés et spécialisés et favorisent ainsi le mélange des groupes sociaux. Seule la rue Ancienne (sur le tracé d'un axe antique) vient rompre la régularité du plan en damier. Les maisons, le plus souvent d'un étage sur rez, de style néoclassique, forment des rues-façades où alternent portes et arcades. Au centre de l'îlot on trouve un jardin ou une cour, dont beaucoup sont encore visibles. Les maisons modestes ont un escalier extérieur menant à une galerie de bois, côté jardin, qui dessert les différentes pièces de l'étage. L'intendant Foassa-Friot fixa, en 1787, le modèle et le gabarit des maisons et confia à Giardino la mise au point des façades.



Une ville moderne

Même si le projet n'a jamais été réalisé dans son entier et que beaucoup d'immeubles ont été réhaussés au cours du XIXe s., l'ensemble architectural est suffisamment intéressant pour sensibiliser à sa conservation une partie croissante de la population au début du XXe s. Certains édifices et monuments, dont les fontaines construites par Jean-Daniel Blavignac entre 1867-1868, sont classés dans les années 1920. Enfin, un périmètre de protection est proposé en 1940. La première loi protégeant le Vieux-Carouge date de 1950 et la construction du quartier des Tours (1958-1973) s'inspire de la ville ancienne.

 

Carouge fut aussi la quatrième ville européenne à avoir un omnibus sur rail tracté par des chevaux (1862), ancêtre du tram 12, pièce maîtresse des transports publics genevois. "L'invention de Carouge", selon le mot d'André Corboz, ville sans fortification, ni rempart, avec ses rues alignées, ses vastes places, ses rondeaux (ronds-points à l'entrée de la ville) contraste avec les ruelles tortueuses et les imposantes fortifications de Genève, sa rivale. Sur le plan humain, Carouge se singularise au XVIIIe s. par un rare esprit de tolérance religieuse. Les protestants obtiennent le droit, en 1783, de pratiquer leur culte et d'avoir un pasteur (temple 1818-1822). En 1787, les juifs, dont beaucoup viennent d'Alsace, reçoivent la liberté de culte et le droit d'avoir un cimetière. La population est cosmopolite: en 1786, 51 % de ses habitants viennent de France, 26,3 % de Savoie ou du Piémont, 7,8 % d'Allemagne, 6,5 % de Genève, 5,5 % des Cantons confédérés.

 

Carouge sera rattaché à la France le 2 octobre 1792. La population accueille favorablement les armées révolutionnaires et les discours jacobins de la Société populaire. Les pratiques religieuses sont suspendues et l'église Sainte-Croix abrite les séances des clubs révolutionnaires; plusieurs rues changent de nom. D'abord intégré dans le département du Mont-Blanc, le district de Carouge est ensuite rattaché à celui du Léman, dès sa formation en 1798. C. passe alors sous la tutelle de sa rivale, Genève ayant été choisi comme chef-lieu du Léman. Française jusqu'en septembre 1814, Carouge réintègre alors le royaume de Sardaigne après une brève occupation autrichienne. La commune de Carouge sera rattachée, sans grand enthousiasme de la part de sa population, à Genève et donc à la Confédération, lors du traité de Turin (16 mars 1816). Bastion radical durant la seconde moitié du XIXe s., Carouge a donné à Genève quelques hommes politiques de valeur: Moïse Vautier, Jean-Adolphe Fontanel, Jules Vuy et Emile Degrange, conseillers d'Etat. Les radicaux carougeois joueront un rôle important dans l'exil, en 1864, d'un de leurs compatriotes célèbres, le futur cardinal Gaspard Mermillod.

 

Suite demain.

 

(Un grand merci à Monsieur Zumkeller, historien officiel de Carouge).

 

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